Anna Song, `la plus grande pianiste vivante dont personne n’a jamais entendu parler", laisse derrière elle une œuvre discographique sans précédent.
Malgré la maladie, et un engagement du corps et de l’âme proche de la ferveur, elle a voué ses dernières années à arpenter, avec une indéfectible justesse, un territoire musical des plus vastes. Gardien du temple et architecte de la légende : Paul Desroches, son mari et producteur. Mais tandis que celui-ci raconte la femme aimée, de l’émerveillement enfantin aux patientes années d’une vie partagée dans une sorte de culte de la beauté, le scandale éclate.
Anna Song n’aurait pas enregistré une seule note de sa discographie, pillée ailleurs par l’amoureux démiurge. Imposture, falsification, trahison : au concert de louanges nécrologiques succède le tapage de l’opprobre, relayé par des médias d’autant plus féroces que bernés.
En toile de fond, le drame de l’exil des familles vietnamiennes qui ont fui leur pays au péril de leur vie et le souvenir douloureux de ce pays perdu. L’histoire d’un grand amour qui va jusqu’au mensonge pour dire sa douleur de n’avoir pu s’accomplir. Le "mensonge" n’est pas celui qu’on imagine. Le rebondissement de la fin nous saisit et nous laisse profondément triste. C’est beau et triste et la musique est omniprésente.
Article paru le 4 juillet 2010